En bref
- L'addiction aux jeux d'argent se reconnaît à un ensemble de signes, pas à un seul.
- Le repère des soignants : au moins 4 signes sur 9 au cours des 12 derniers mois.
- En Belgique, 2,6 % des personnes de 15 ans et plus présentent un risque de trouble lié au jeu.
- Premier appel possible à toute heure : SOS Jeux, 0800 35 777, gratuit.
- L'aide existe en ligne (gratuite), en consultation et à l'hôpital. Vous pouvez aussi vous faire interdire de jeu.
Qu'est-ce que l'addiction au jeu, exactement ?
Jouer de temps en temps n'est pas un problème en soi. En Belgique, 31,9 % des personnes de 15 ans et plus jouent à des jeux d'argent, selon le résumé du projet GAMSPON publié par BELSPO[1]. Le même travail, fondé sur l'Enquête nationale de santé 2023-2024, estime que 2,6 % présentent un risque de trouble lié au jeu.
L'addiction commence quand le jeu prend la place du reste. Il ne sert plus à se distraire. Il sert à fuir, à se refaire ou à tenir. Les soignants parlent alors de « trouble lié au jeu d'argent ». Les mécanismes du cerveau en jeu sont expliqués, études à l'appui, sur notre page pourquoi le jeu rend accro.
Le phénomène ne recule pas. Une psychologue de la Clinique du Jeu du CHU Brugmann estime qu'il touche de plus en plus de jeunes, interrogée par BX1 le 31 mars 2026[9]. Elle note aussi une bonne nouvelle : les patients consultent plus tôt qu'avant.
Le psychiatre Philippe de Timary (Saint-Luc) rappelle un autre point : les personnes concernées demandent rarement de l'aide, selon la RTBF le 27 février 2026[11]. Il observe aussi que le jeu en ligne se pratique de plus en plus seul.

Quels signes doivent vous alerter ?
Un signe isolé ne suffit pas. C'est leur accumulation qui compte. Le site belge Joueurs Aide-en-ligne le dit clairement dans sa liste d'indices du jeu excessif[3] : pris un à un, ils ont peu de sens.
Les soignants utilisent un repère plus précis, issu du manuel de diagnostic DSM-5 et présenté par La Revue du Praticien[2]. Le trouble est retenu quand au moins 4 critères sur 9 sont présents au cours des 12 derniers mois. Il est dit léger de 4 à 5 critères, moyen de 6 à 7, et grave de 8 à 9.
Les 9 critères, en mots simples
Posez-vous ces questions. Répondez pour l'année écoulée.
- Misez-vous des sommes de plus en plus élevées pour ressentir la même excitation ?
- Êtes-vous agité ou irritable quand vous essayez de moins jouer ?
- Avez-vous déjà tenté, sans succès, de réduire ou d'arrêter ?
- Pensez-vous au jeu très souvent, même au travail ou en famille ?
- Jouez-vous surtout quand vous vous sentez mal, stressé ou triste ?
- Après une perte, revenez-vous jouer pour « vous refaire » ?
- Mentez-vous à vos proches sur le temps ou l'argent consacrés au jeu ?
- Le jeu a-t-il mis en danger votre couple, votre emploi ou vos études ?
- Avez-vous demandé de l'argent à d'autres pour combler vos pertes ?
Comment lire vos réponses ? Quatre « oui » ou plus : parlez-en à un professionnel. Ce questionnaire ne remplace pas un avis médical.
Un psychologue du Pélican, François Mertens, propose aussi un repère simple : jouer trop d'argent, trop longtemps, trop souvent. Il situe le risque au-delà de 5 % de ses revenus consacrés au jeu, dans un entretien à la RTBF du 25 juin 2026[12]. Avec un revenu de 2.000 euros par mois, cela représente 100 euros.
Paris sportifs en ligne : des signes à repérer
Les paris sportifs sont partout. La RTBF compte environ trois agences ou points de vente par commune et près de 1,3 million de comptes de paris en ligne ouverts en Belgique[10].
La publicité reste très présente. Selon le résumé BELSPO[1], 53,6 % des Belges disent en voir chaque semaine. Les hommes et les 15-34 ans y sont les plus exposés.
Sur une application de paris, les 9 critères prennent une forme concrète. Voici comment ils peuvent se traduire au quotidien :
- vous relancez un pari en direct juste après une perte, pour la rattraper (se refaire) ;
- vous consultez les cotes la nuit ou pendant le travail (préoccupation) ;
- vous ouvrez des comptes chez plusieurs opérateurs pour continuer à miser (perte de contrôle) ;
- vous cachez des notifications ou effacez l'historique de votre téléphone (mensonges).
Un doute sur la licence d'un site de paris ? Notre guide explique comment vérifier qu'un site de jeu en ligne est légal.
Témoignage. Hervé (prénom d'emprunt) a découvert les paris adolescent, par un ami. À 18 ans, il a dépensé en un mois l'argent réuni par ses proches pour un départ en Irlande. Il résume : « C'était comme si je devais gagner en permanence ». RTBF Actus, 16 mai 2025[10].
Vous pensez être concerné : par où commencer ?
Demander de l'aide se fait par étapes. Voici un parcours possible en Belgique francophone, du premier geste au suivi.
- Faites le point seul, sans engagement. Le site Joueurs Aide-en-ligne[19] propose trois tests, dont « Jeu contrôlé ou excessif ? ». C'est gratuit et anonyme.
- Passez un premier appel. Composez le 0800 35 777 (SOS Jeux). La ligne est gratuite et ouverte 24 h/24, 7 j/7[5]. La Commission des jeux de hasard affiche aussi ce numéro sur son site Arrêtez-vous à temps[6]. Vous pouvez simplement poser vos questions.
- Choisissez une forme d'accompagnement. Trois portes d'entrée existent, détaillées dans le tableau ci-dessous : en ligne, en consultation, à l'hôpital.
- Prenez rendez-vous. Au Pélican, appelez le 02 502 08 61 (horaires sur son site[20]). À la Clinique du Jeu, appelez le 02 477 27 76 ou écrivez à cliniquedujeu@chu-brugmann.be.
- Protégez-vous pendant ce temps. Une interdiction d'accès aux jeux peut être demandée en ligne (voir plus bas).
- Traitez l'argent à part. Si des dettes se sont accumulées, contactez un service de médiation de dettes.
Le détail de chaque service (horaires, coût, anonymat) est détaillé dans notre tableau des services d'aide aux joueurs. Les soins possibles et leur efficacité sont expliqués dans notre page sur les traitements de l'addiction au jeu.
Le Pélican rappelle qu'un retour au jeu fait partie du parcours. « C'est normal d'avoir des moments de retour au jeu », explique François Mertens[12]. Une rechute ne signifie pas un échec.

Combien coûte l'aide ?
| Service | Forme | Coût connu |
|---|---|---|
| SOS Jeux | Écoute par téléphone | Gratuit |
| Joueurs Aide-en-ligne (Le Pélican) | Programme en ligne, seul ou avec un psychologue ; 3 mois de suivi par tchat ou téléphone | Gratuit |
| Le Pélican asbl (consultations) | Psychologue, en individuel, en couple ou en famille | 20 euros (individuel), 25 euros (couple ou famille) ; consultation sociale gratuite |
| Clinique du Jeu, CHU Brugmann | Prise en charge pluridisciplinaire | Non communiqué : demandez-le à la prise de rendez-vous |
Sources : Bruxelles-J, mis à jour le 9 juillet 2026[14] pour les tarifs du Pélican ; RTBF, 25 juin 2026[12] pour le suivi en ligne. Le Pélican précise que le prix ne doit pas être un obstacle. Demandez aussi à votre mutuelle si des séances de psychologue peuvent être remboursées.

Qui fait quoi, à Bruxelles et en Wallonie ?
Les services spécialisés dans le jeu sont surtout situés à Bruxelles. Certains reçoivent des personnes de tout le pays.
| Besoin | Bruxelles | Wallonie |
|---|---|---|
| Parler tout de suite | SOS Jeux, 0800 35 777 | SOS Jeux, 0800 35 777 |
| Aide à distance | Joueurs Aide-en-ligne | Joueurs Aide-en-ligne (accessible partout) |
| Consultation spécialisée jeu | Clinique du Jeu (CHU Brugmann), 02 477 27 76 ; CTIJ, Clinique des troubles liés à internet et au jeu (Saint-Luc), 02 605 60 00 ; Le Pélican, 02 502 08 61 | Clinique du Jeu : elle accueille des patients de tout le pays |
| Jeunes de 15 à 25 ans | Enaden (centre de jour), 02 616 68 60 | Joueurs Aide-en-ligne ; votre médecin généraliste |
| Écoute et orientation | Infor-Drogues et Addictions, 02 227 52 52 | Infor-Drogues et Addictions, 02 227 52 52 |
| Proches | Prospective Jeunesse, 02 512 17 66 ; Le Pélican (entourage accepté) | Page conjoint de Joueurs Aide-en-ligne |
| Dettes | CPAS de votre commune ; service de médiation de dettes | Numéro gratuit 1718 pour trouver un service de médiation de dettes |
Sources : Je m'informe[15] pour les numéros de la Clinique du Jeu, du CTIJ, d'Enaden, d'Infor-Drogues et Addictions et de Prospective Jeunesse ; Bruxelles-J[14] pour Le Pélican ; Droits Quotidiens[16] pour le 1718.
À savoir. Des centres d'aide à Bruxelles et en Wallonie suivent les joueurs. Votre médecin généraliste peut aussi être un premier relais. Une psychiatre de l'hôpital Marmottan (Paris), interrogée par la RTBF le 28 juillet 2026[13] conseille d'ailleurs ce premier pas.
L'interdiction de jeu (EPIS) peut-elle vous aider ?
Oui, comme outil de protection. L'interdiction d'accès est gérée par la Commission des jeux de hasard dans le fichier EPIS. Elle vous ferme l'accès aux jeux qui relèvent de la Commission.
La demande volontaire[7] se fait en ligne et prend effet immédiatement. Un proche peut aussi introduire une demande par un tiers. Il doit alors prouver un intérêt personnel, et le joueur peut faire valoir son point de vue.
Au 1er novembre 2025, 135.383 personnes figuraient sur la liste des interdits de jeu, selon BX1[9]. Avec près de 59.000 personnes sous interdiction professionnelle de jouer, le total atteignait 194.108, un record.
L'interdiction ne soigne pas l'addiction. Elle vous laisse le temps de vous faire aider. Les étapes sont détaillées dans notre guide pour demander l'exclusion au registre EPIS.
Des dettes à cause du jeu : que pouvez-vous faire ?
Les dettes sont souvent ce qui pousse à demander de l'aide. Deux règles, rappelées par Joueurs Aide-en-ligne[4], guident la suite :
- prenez contact au plus vite avec un service de médiation de dettes ;
- maîtrisez d'abord l'argent consacré au jeu : rembourser vos dettes ne règle pas le jeu.
En Belgique, la médiation de dettes est assurée par des services agréés, souvent le CPAS (Centre public d'action sociale) de votre commune ou une asbl. Demandez le coût au service avant de commencer. En Wallonie, le 1718 (numéro gratuit) vous oriente vers un service de médiation de dettes (Droits Quotidiens[16], article du 27 novembre 2020). À Bruxelles, adressez-vous au CPAS de votre commune. Médiation de dettes, règlement collectif de dettes et premiers gestes : voyez notre page sur la gestion des dettes de jeu.
Témoignage. Jean-Michel Kowalski, ancien instituteur liégeois, a vécu environ 25 ans de dépendance après un gain au casino. Il a perdu sa famille, son emploi et ses amis, avant de s'en sortir avec le soutien de son beau-fils. Le titre de son témoignage : « En quatre jours, j'ai tout perdu ». BX1, 31 mars 2026[9].
Votre proche joue trop : comment l'aider ?
Vous n'êtes pas seul. Les services belges accueillent aussi l'entourage. La Clinique du Jeu reçoit les familles et les proches en entretien. Le Pélican accepte l'entourage en consultation. Joueurs Aide-en-ligne propose des pages dédiées au conjoint et à l'entourage.
Quelques repères :
- parlez de faits précis (un retrait, une absence), pas de jugements ;
- ne remboursez pas ses dettes de jeu à sa place, sans plan d'aide ;
- protégez vos propres comptes ;
- faites-vous aider vous aussi : Le Pélican et la Clinique du Jeu reçoivent l'entourage.
Conseils détaillés, démarches et services pour l'entourage : lisez notre guide pour l'entourage d'un joueur.
Croire que l'on va « finir par gagner » entretient souvent le jeu.
Contacts utiles
- SOS Jeux : 0800 35 777, gratuit, 24 h/24, 7 j/7.
- Joueurs Aide-en-ligne (Le Pélican) : joueurs.aide-en-ligne.be, programme gratuit et anonyme.
- Clinique du Jeu, CHU Brugmann : 02 477 27 76 ou 02 477 27 77, cliniquedujeu@chu-brugmann.be, cliniquedujeu.be.
- Le Pélican asbl : Rue Vanderborght 20, 1081 Bruxelles ; 02 502 08 61 (horaires sur son site).
- Centre de Prévention du Suicide : 0800 32 123, preventionsuicide.be.
- Télé-accueil : 107, gratuit, 24 h/24.
- Urgence immédiate : 112.
Questions fréquentes
L'addiction au jeu est-elle une maladie ?
Oui. Le manuel de diagnostic DSM-5 reconnaît un trouble lié aux jeux d'argent. Un accompagnement par un psychologue ou une équipe spécialisée est possible en Belgique.
Puis-je demander de l'aide sans donner mon nom ?
Oui. Le programme de Joueurs Aide-en-ligne est gratuit et anonyme. Vous pouvez aussi appeler SOS Jeux, au 0800 35 777, pour une première écoute.
Quelle est la différence entre ludopathie et jeu pathologique ?
Aucune sur le fond. Les deux mots désignent la même dépendance au jeu d'argent. Les soignants parlent aujourd'hui de « trouble lié au jeu d'argent ».
Mon proche refuse de se faire aider. Que faire ?
Faites-vous aider d'abord vous-même. Les services cités plus haut accueillent l'entourage. Une demande d'interdiction de jeu par un tiers est aussi possible, sous conditions.
Sources
- Résumé du projet GAMSPON (BELSPO, Sciensano, UGent) : https://www.belspo.be/belspo/fedra/DR/DR95_GAMSPON_summ_fr.pdf
- Critères DSM-5, La Revue du Praticien : https://www.larevuedupraticien.fr/outil/criteres-diagnostiques-du-trouble-lie-au-jeu-dargent-dsm-5
- Joueurs Aide-en-ligne, indices du jeu excessif : https://joueurs.aide-en-ligne.be/indices-du-jeu-excessif-et-problematique/
- Joueurs Aide-en-ligne, jeu excessif et surendettement : https://joueurs.aide-en-ligne.be/jeu-excessif-et-surendettement/
- Joueurs Aide-en-ligne, besoin d'aide : https://joueurs.aide-en-ligne.be/besoin-daide/
- Commission des jeux de hasard, campagne Arrêtez-vous à temps : https://www.arretezvousatemps.be
- Commission des jeux de hasard, demande volontaire : https://www.gamingcommission.be/fr/protection-des-joueurs/interdiction-dacces/demande-volontaire
- Commission des jeux de hasard, demande par un tiers : https://www.gamingcommission.be/fr/protection-des-joueurs/interdiction-dacces/demande-par-un-tiers
- BX1, 31 mars 2026 : https://bx1.be/categories/news/en-quatre-jours-jai-tout-perdu-le-temoignage-dun-ancien-addict-aux-jeux-dargent/
- RTBF, 16 mai 2025 (mis à jour le 17 juin 2026) : https://www.rtbf.be/article/c-etait-comme-si-je-devais-gagner-en-permanence-un-ex-parieur-temoigne-de-son-addiction-aux-paris-sportifs-11547786
- RTBF, 27 février 2026 : https://www.rtbf.be/article/etes-vous-accro-aux-jeux-d-argent-la-loterie-nationale-propose-un-nouvel-indicateur-sur-l-addiction-des-jeux-de-loterie-11686236
- RTBF, 25 juin 2026 : https://www.rtbf.be/article/jeux-d-argent-et-de-hasard-les-conseils-d-un-psychologue-pour-sortir-de-l-addiction-11747323
- RTBF, 28 juillet 2026 : https://www.rtbf.be/article/drogue-alcool-jeux-d-argent-quand-on-consomme-pour-ne-pas-etre-mal-c-est-clairement-le-signal-de-l-addiction-11763234
- Bruxelles-J, Où trouver de l'aide, mis à jour le 9 juillet 2026 : https://www.bruxelles-j.be/drogues-addictions/trouver-de-l-aide/
- Je m'informe, aide en cas de jeu excessif : https://www.jeminforme.be/?p=85
- Droits Quotidiens, le 1718 (27 novembre 2020) : https://www.droitsquotidiens.be/fr/actualites/le-1718-pour-trouver-un-service-de-mediation-de-dettes-en-wallonie
- Clinique du Jeu, CHU Brugmann : https://cliniquedujeu.be
- Centre de Prévention du Suicide : https://www.preventionsuicide.be
- Aide en ligne pour les joueurs, accueil : https://joueurs.aide-en-ligne.be/
- Le Pélican asbl, site officiel : https://www.lepelican-asbl.be



